Le VIH s’en prendrait-il à l’Homme depuis plus longtemps que prévu ?

Futura-sciences.com

Alors qu’on estime que le VIH est passé du singe à l’Homme depuis une centaine d’années, une étude laisse entendre que le virus du Sida pourrait nous infecter depuis plus longtemps que ce qui est estimé. Pourquoi ? La réponse se trouve (peut-être) chez les Pygmées.

Avant le VIH, était le VIS, le virus causant le Sida des singes. Car nos plus proches cousins souffrent eux aussi de l’immunodéficience, et ce depuis des dizaines de milliers d’années, à en croire les spécialistes. Chez les singes, la maladie n’est cependant que très rarement mortelle, à la différence de la maladie chez l’Homme.

On suppose que le VIS a muté et est devenu le virus de l’immunodéficience humaine entre 1884 et 1924, soit depuis une centaine d’années environ. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Alfred Roca, de l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign (États-Unis) pense que le virus a franchi par le passé la barrière des espèces à plusieurs reprises et surtout bien avant les dates avancées.

D’une part, il argue du fait que de précédentes études ont montré que pour que le VIH persiste dans une population humaine, il requiert des densités typiques de celles retrouvées dans les plus grandes villes africaines de l’ère coloniale. Avant le XIXe siècle, impossible pour le virus du Sida de se répandre massivement, mais rien ne l’empêchait d’apparaître sporadiquement.

Des Pygmées au service de la recherche contre le Sida

Alfred Roca explique également qu’avant la médecine moderne et la vaccination, les épidémies, comme ce fut le cas avec la variole, frappaient fréquemment les différentes populations. Or les personnes atteintes du Sida, avec un système immunitaire défaillant, étaient les premières à succomber, ne laissant pas le temps au VIH de se répandre davantage.

Le chercheur et ses collègues ont alors émis une hypothèse : si le virus a franchi à plusieurs reprises la barrière des espèces, alors il est possible que les populations locales présentent des variants génétiques protecteurs.

Le peuple Aka vit en Afrique centrale, sur des territoires de la République démocratique du Congo et de la République centrafricaine. Les traditions orales de ces nomades sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco.
Le peuple Aka vit en Afrique centrale, sur des territoires de la République démocratique du Congo et de la République centrafricaine. Les traditions orales de ces nomades sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. © L. Petheram, USAID, Wikipédia, DP

C’est ce qu’ils ont voulu vérifier auprès d’une ethnie pygmée : les Aka. Ceux-ci vivent dans la forêt dense équatoriale, sur le territoire des chimpanzés, dans la région d’Afrique centrale d’où est partie l’épidémie de Sida. Leur génome a été comparé à celui de quatre autres peuples africains qui ne vivent pas au contact des grands singes. Les résultats sont publiés dans la revue BMC Evolutionary Biology.

Des gènes sélectionnés contre le VIH

De précédentes recherches ont identifié 26 régions du génome impliquées dans la résistance au VIH. Les scientifiques ont donc comparé ces gènes avec des régions présentant des traces de sélection. Quand un trait est sélectionné, on observe pour tous les membres d’une même population une perte de diversité génétique dans les régions voisines de ce gène, phénomène qui accroît les différences entre les peuples.

Dans l’ensemble de leur étude, les auteurs ont remarqué à huit reprises une sélection de ces gènes, dont sept pour les seuls Aka. Parmi eux, quatre gènes codant pour des protéines conférant une protection contre l’infection ou ralentissant la progression de la maladie. Cela signifie donc que cette ethnie pygmée présente une immunité naturelle contre le VIH, conclusion donnant du crédit à l’hypothèse de départ.

Le VIH réellement plus ancien ?

Cependant, les auteurs ne sont pas affirmatifs et interprètent leurs résultats avec prudence. Ils confessent que cette sélection pourrait n’être qu’un faux-semblant et avouent qu’il est impossible de s’assurer qu’une exposition ancienne au VIH puisse expliquer cela.

Les scientifiques clament malgré tout que ce genre d’étude est nécessaire. Car si effectivement on découvre un jour que les peuples vivant auprès des chimpanzés contaminés présentent une protection naturelle contre le Sida, alors cela sera l’occasion de trouver de nouveaux gènes de résistance à la maladie. Étudier leur fonctionnement permettrait de mieux cerner les rétrovirus et, pourquoi pas, de développer de nouveaux traitements contre l’infection au VIH.


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