Le nouveau film de Clint Eastwood suscite la polémique aux Etats-Unis

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J. Edgar, le dernier film de Clint Eastwood avec Leonardo DiCaprio dans le rôle titre, explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover, le fondateur du F.B.I. Évoquant dans ce film l’amour de J.Edgar pour son adjoint, Clint Eastwood suscite la polémique Outre-Atlantique. On ne peut pourtant pas dire que le réalisateur se soit engagé dans le registre de la provocation…

Sorti le 11 novembre aux Etats-Unis, J. Edgar n’a engrangé pour l’instant que de modestes recettes, mais a réveillé une vieille polémique sur l’homosexualité présumée d’une des figures les plus contestées de l’Amérique du XXe siècle. Un baiser sur la bouche, des mains qui se serrent, et des regards langoureux… On ne peut pourtant pas dire que Clint Eastwood ait forcé sur l’érotisme dans son dernier film sur le directeur-fondateur du FBI, J. Edgar Hoover, mais pour certains, c’est déjà trop.

Clint Eastwood est parvenu à raviver une querelle qui divise les historiens quant à la relation qu’entretenait Hoover avec son adjoint Clyde Tolson. Et la sortie du film a aussitôt provoqué une série de vives protestations de la part de la Société des anciens agents spéciaux du FBI et de la Fondation J. Edgar Hoover. Dans une lettre à Clint Eastwood, cette dernière parle de « distorsion monumentale » de la vérité. « Si M. Hoover était gay, cela ne serait évidemment pas un souci, mais ce n’est pas le cas », a assuré son président William Brannon au quotidien Libération.

Cependant, bien qu’il y ait peu de scènes explicites, le film d’Eastwood ne laisse pas beaucoup de doutes sur le fait que les deux hommes étaient liés par autre chose qu’une simple camaraderie. En fait, les rumeurs concernant Hoover et Tolson ont commencé dès les années 40. Les deux hommes ont partagé un logement et se sont fait enterrer côte à côte dans un cimetière de Washington. Hoover multipliait cependant en public les remarques homophobes et a renvoyé du FBI plusieurs agents soupçonnés d’être homosexuels. « Ce que l’on peut dire, c’est que les éléments dont nous disposons suggèrent que Hoover et Tolson avaient une relation intime », explique Nathaniel Frank, un historien auteur d’un livre sur les gays dans l’armée.

Durant ses multiples interventions, la fondation J. Edgar Hoover a montré du doigt le scénariste du film, Lance Black, qui a aussi écrit le script de Milk, mettant en scène Sean Penn dans le rôle du politicien californien homosexuel assassiné à la fin des années 70. « Il est clair que ce monsieur Black est un activiste et avait des arrière-pensées politiques », assure William Brannon.

Face à toutes ces attaques, Clint Eastwood a répondu avant même la sortie du film qu’il « n’avait pas l’intention de décrire une relation homosexuelle ». « Je ne sais pas si Hoover était gay, et je m’en fiche », a-t-il encore affirmé la semaine dernière. « Mais c’est un personnage entouré de mystères et c’est ce qui m’a toujours fasciné. » En effet, le film ne semble pas avoir été conçu avec l’objectif de se focaliser sur cette question en particulier. J Edgar est un film sur le pouvoir, la corruption, le secret. Il retrace la vie, la carrière, et la mort de cet agent omniscient, s’intéressant aux différents aspects de sa personnalité, avec sa part d’ombre et d’ambiguïté. Et après tout, n’est-ce pas la liberté des artistes que d’interpréter la réalité comme ils l’entendent ? N’est-ce pas justement tout l’intérêt de la fiction ? Laissons donc à Clint Eastwood, un réalisateur dont le talent n’est plus à remettre en question, le droit de présenter sa vision personnelle du personnage. D’autant qu’il nous paraît beaucoup plus intéressant d’engager le débat sur la qualité artistique du film plutôt que sur l’exactitude ou non de tel ou tel aspect biographique.


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