GROS-MOTS


Le pouvoir culturel gai existe t-il?


Mais justement, est-ce qu'il y a un véritable pouvoir culturel gai au Québec? C'est la question que je me posais dernièrement en constatant la vigueur de la culture anglophone de Montréal. Ce serait facile de faire des analogies entre les communautés anglaise et gaie du Québec, ce n'est pas interdit de rêver? C'est connu, il existe un peu plus de 800 000 personnes qui parlent et vivent en anglais au Québec et comme on considère que 10% de la population est gaie, il existerait ici un peu plus de 700 000 gais. Est-ce que la communauté anglaise est plus vigoureuse que les gais? Il existe trois universités, des centaines d'écoles, des théâtres, deux chaînes de télé, une dizaine de stations de radio et The Gazette qui vivent en anglais. Qu'est-ce qu'on a en revanche nous les gais? Des dizaines de bars, deux chorales gaies et quelques troupes de théâtre amateur. On pourrait croire à première vue que notre communauté est déficiente en infrastructures culturelles. Imaginons des universités gaies, des télé homos, La Commission des Ecoles Homosexuelles de Montréal, etc. Ce qui fait notre différence, c'est que la culture gais ne se résume pas en puissance monétaire mais bien en une incroyable volonté d'exister. Nos artistes gais et lesbiennes doivent affronter leurs égaux hétéros et en plus, ils doivent composer avec une orientation sexuelle qui n'ouvre pas nécessairement les portes. J'ai toujours pensé qu'en assistant à un spectacle ou à un concert gai, on devenait témoin de la victoire d'un être marginalisé sur son environnement. La prochaine fois que vous voudrez bien acheter un billet pour un événement culturel gai, dites-vous que vous récompensez quelqu'un qui l'a surement mérité. Ensuite, il ne restera qu'à souhaiter que le spectacle soit bon...

R.L.C.