Jean-Patrice PIQUETTE

Le synthé à fond la caisse!

Il en voit partout, il en mange et quand il dort, c'est pour mieux se concentrer sur des airs nouveaux. Jean-Patrice PIQUETTE est un musicien d'une nouvelle école. Non il n'a pas fréquenté le conservatoire, ni la faculté d'une université quelconque mais c'est à l'école de la vie que cet instrumentiste a acquis son inspiration. Pas la "petite vie" mais la vraie, celle qui fait mal et qui tue!

Né à St-Hyacinthe, il déménage à l'âge de 13 ans aux Etats-Unis. Quelques années au Pompano Beach High School de Floride et retour au Québec à la fin de son adolescence. Jean-Patrice décidera de ne pas continuer ses études au delà du secondaire V mais c'est aujourd'hui qu'il en voit les effets. Dure passage dans la cocaïne et ses conséquences pour enfin prendre, l'année dernière, la courageuse décision de récupérer le contrôle de sa vie et de laisser la coke. Comme la plupart des cocaïnomanes, le manque de drogue lui cause beaucoup d'angoisses, des crises de paniques pouvant aller jusqu'à la dépression mais toujours avec espoir il se souvient de son but ultime. Celui de faire de la musique. Oh il y a bien un court passage à l'école de coiffure et va même décrocher un diplôme mais rien à faire, c'est la musique qui l'intéresse.

L'apprentissage du synthétiseur est loin de se faire de la même façon que les instruments classiques. Contrairement à ces derniers, la technique ne s'apprend pas en travaillant sur l'instrument mais en étudiant les sonorités et les ambiances sonores. Il n'est pas nécessaire de connaître la musique théorique, une bonne oreille suffit. L'ordinateur fera le reste.

C'est avec étonnement que j'écoute la bande sonore de la pièce de théâtre "A toi Francis, in mémoriam" qu'il a composée ces derniers mois. C'est son premier gros contrat, pas nécessairement pour le coté financier mais plutôt pour se faire connaître. La pièce parle d'un gai et des étapes de sa vie menant vers la mort des causes du SIDA. Jean-Patrice a beaucoup été inspiré pour la trame musicale par le décès de sa mère en décembre dernier. Il a même dédié un mouvement de l'oeuvre à la mémoire de sa maman: << La pièce a été une sorte de catalyseur. Je passais par des étapes difficiles, la mort de ma mère, l'arrêt de la drogue. il me fallait une raison de vivre, de m'exprimer>>. Ceux qui auront assisté aux représentations de la pièce en question se souviendront de la musique intense, parfois même trop émouvante. Tout ce que Jean-Patrice a dans la tête c'est ça, des airs pleins de tendresse sans trop de provocation.

Non on ne vit pas de ses compositions et encore moins du synthé. Jean-Patrice est technicien en éclairages au bar Max. Il est passé dans la plupart des bars montréalais et a fait le même métier pour le théâtre Biscuit pendant 1 an.

Il aimerait bien avoir plus de commandes musicales et ne vivre que de la création mais son rêve est confronté à la réalité québécoise du tiers-mondisme culturel. on a pas encore appris ici que la seule façon d'aller chercher le respect des autres pays en matière culturelle est de stimuler la création sous toutes ses formes. Napoléon voulait unifier l'Europe avec son armée, comme il aurait eu l'air con s'il voyait la France moderne rayonner sur le continent grâce à sa culture. Plus les autres admirent nos idées, nos créations, plus ils voudront y goutter et venir admirer l'origine de la chose convoitée. On a jamais créé de grandes nations en gérant mieux les hôpitaux ou en pleurant à l'idée de perdre une équipe de hockey! Non. On connaît la France pour son théâtre, l'Allemagne pour ses opéras, l'Italie pour sa musique classique, l'Espagne pour sa danse et l'Angleterre pour son architecture. Jean-Patrice a l'âme d'un véritable musiciens sans avoir la connaissance concrète de la théorie. Qu'à cela ne tienne, ses deux oreilles et son cerveau produisent des airs magnifiques qui sauront sûrement un jour, lui procurer une subsistance raisonnable. Qui sait, peut-être que les québécois se réveilleront et verront dans la commandite artistique la véritable façon de dire aux autres de ce continent: Hou-hou, on est là, on existe... Jean-Patrice PIQUETTE 523-8528

R.L.C.