Nos pauvres gais ont faim eux-aussi!


Les fêtes sont terminées. On s'est offert de beaux cadeaux et on a pensé aux plus pauvres en offrant son petit don annuel à son organisme de charité préféré. Généralement, on donne à l'organisme qui nous semble faire le meilleur travail ou qui nous touche le plus par son discours. On aura tendance à faire confiance aux "gros" mais il ne nous viendrait jamais à l'idée de vérifier si ce qu'on donne se rend vraiment aux pauvres. "Ils doivent être vérifiés par le gouvernement", "Ils ne peuvent pas faire n'importe quoi", pensons-nous!

Ce qu'il faut savoir une fois pour toute chers lecteurs c'est que personne n'a mandat de vérifier ces organismes. Je ne parle pas du Vérificateur-comptable qui est payé par l'organisme simplement pour produire un document officiel qui donnera un bilan (souvent non vérifié) au public. Le gouvernement NE VÉRIFIE PAS si les organismes donnent ce qu'ils recoivent et il n'existe pas non plus de "régie" ou de "Commission de surveillance" en matière de dons. Tout ce qu'on donne échappe à tout contrôle et peut aller aux pauvres comme dans les poches des gentils "bénévoles".

En cette fin d'année, j'ai eu à vérifier malgré moi l'efficacité de la très sainte Société Saint-Vincent de Paul, cet organisme qui ramasse des fonds pour donner aux pauvres et qui va même jusqu'à ramasser vos vieux meubles et électro-ménagers pour les redonner.

Paul (nom fictif) recoit de l'aide sociale car il est inapte à travailler à cause d'une amputation partielle de la main et d'un problème cardiaque. À la mi-novembre, après avoir payé son loyer et ses factures, il ne lui restait plus rien pour manger (499$/mois de revenus). Comme il lui restait de la nouritture pour chien, sa chienne étant décédée, il a décidé tout simplement d'en manger une poignée de temps en temps, pour substister. Devant une situation aussi révoltante, j'ai décidé de me présenter avec lui à la paroisse St-Marc-de-Rosemont pour demander l'aide de la Saint-Vincent de Paul. On m'a expliqué que le responsable était en vacance pour 2 semaines, que personne n'était autorisé à donner de la nourriture (pourtant abondante sur les lieux) ni de signer un bon de dépannage (25$). On m'a référé au siège social de l'organisme, rue Champlain. Après avoir attendu 1h30, un "bénévole" est venu nous dire que la centrale n'aidait pas les gens qui venaient d'une paroisse où l'organisme avait des représentants. J'ai tenté d'expliquer qu'on nous avait envoyé là, rien à faire, la pauvreté n'a pas droit de réplique à la SSVP J'ai donc utilisé toute mon influence et j'ai réussi à rencontrer la directrice régionale qui a optempérer après 2 heures d'intense discussion à donner exceptionnellement un bon de 25$ à mon pauvre type.

Pour en avoir le coeur net avec cet organisme de "bienfaisance", je me suis amusé à leur donner une chaise de salon, vieille et défréchie et de vérifier si elle allait être donnée ou vendue dans leur "magasin" de la rue champlain. Le livreur, venu chercher la chaise, m'a remercié au nom de tous les pauvres et m'a clairement dit que la chaise allait être remise en état et offerte à une pauvre famille dans le besoin. Mon oeil! Dès le lendemain, elle était en pleine vitrine de la rue Champlain et on demandait 60$. Je suis entré et j'ai demandé si je pouvais avoir la chaise pour un assisté social qui n'en avait pas, que je pouvais venir avec lui pour qu'il montre une preuve de son statut, rien à faire, il allait devoir la payer cash.

Morale: Il y a définitivement un problème avec nos organismes d'aide aux pauvres ou aux malades. Mon expérience me ramène à ce que j'ai toujours pensé; ne donner qu'à ceux que j'ai vérifié. Pourquoi ne pas donner directement à un pauvre? Pourquoi ne pas aller voir un membre de notre famille sur l'aide sociale ou un ami chomeur qui a de la peine à faire le mois et lui offrir 25$? Au moins, on aura la certitude que notre fric ne servira pas à payer les vacances d'un président d'organisme ou de quelques "bénévoles" au grand coeur et au petit porte-feuille...

R.L.C.