Dominique Lupien

A vos orgues citoyens!


Dans cette chronique, il nous a déjà été donné de vous présenter des musiciens jouant de l'orgue. Dominique Lupien, en plus d'avoir une maîtrise extraordinaire de cet instrument, commence maintenant à faire parler de lui au clavecin. Né en juin 67, l'année de l'expo et des grandes réussites humaines, Dominique est habité par un esprit de conquête et de défis à relever. Après une seule année au CEGEP St-Laurent, il entrait au Conservatoire de musique de Montréal en 1985 dans la classe du fameux Raymond Daveluy. Pendant trois studieuses années, le jeune musicien a développé son sens de l'improvisation et de l'interprétation. Il va sans dire, que monsieur Daveluy est un spécialiste de l'improvisation, le jeune Dominique avait donc ce qui se faisaitt de mieux comme professeur. Il a ensuite travaillé pendant trois autres années dans la classe de monsieur Gaston Arel.

Tout le monde sait que la musique et surtout la "classique" ne s'apprend pas en quelques années. L'art musical est pratiquement une science. Contrairement aux arts visuels ou même au théâtre qui sont des formules plutôt basées sur l'instinct et le sens esthétique, la musique en plus de comprendre les aspects précédemment mentionnés demande une maîtrise totale de l'abstrait. Oui car voyez-vous, la production d'un bruit est ce qu'il y a de plus facile à faire. Vous prenez une casserole et vous tapez dessus, vous obtiendrez un son. mais de prendre ce son et le transformer en note de musique demande des talents particuliers. Après tout, il n'est pas donné à tous de jouer du violon mais tous peuvent coller des feuilles de plastique sur un arbre et appeler ça une oeuvre d'art!. (voir RG, chronique Gros mots de novembre 1994)

Toujours est-il que Dominique sort du Conservatoire en 1991 avec un Premier prix d'orgue obtenu à l'unanimité des membres du jury. Sa soudaine venue sur le marché du travail le marquera à tel point qu'il se souviendra de cette première expérience comme l'un de ses plus mauvais souvenirs. En effet, il est difficile de réaliser que l'on passe de si longues années à acquérir des connaissances qui ne trouveront pratiquement jamais de débouchés. C'est du moins le sort réservé à la plupart des musiciens professionnels québécois. Puisque l'orgue est souvent associé à l'église, c'est aux paroisses Notre-Dame-de-la-Paix et St-Jean-de-Matha que l'on retrouve le musicien. Les messes et les enterrements lui procurent quelques revenus. En 1994, Dominique amorce un retour aux études en s'inscrivant au Conservatoire en clavecin dans la classe de Mireille Lagacée. En 1995, il espère entrer en classe de composition avec Gilles Tremblay. Pourquoi donc retourner étudier une matière qui n'apportera pas plus de débouchés que l'orgue à la fin? C'est que Dominique est un personnage qui aime exceller dans ce qu'il entreprend. Il n'y a pas que l'argent qui comptre même si cela a déjà été une préoccupation qui a failli le faire devenir psychologue. Quand on a le sentiment d'être allé au bout de ce que l'on voulait, aussi loin que nos capacités le permettent, la fierté vaut parfois plus que le fric.

Dominique Lupien se sent plutôt à l'aise dans le répertoire baroque bien que les autres époques ont toujours leurs place dans ses programmes de concerts. Il s'insurge contre le fait que la musique contemporaine n'est pas jouable:"...Tu travailles comme un boeuf pour monter un répertoire mais finalement, il n'y a jamais de point de référence dans ce genre de musique là sauf pour quelques rares initiés..." Pensons au banlieusard qui doit se déplacer tous les jours en ville pour y travailler. A quoi ça sert de réinventer une roue différente à tous les matins? Autant utiliser celle qui existe déjà et quoi de mal à prendre une voiture même si elle a été inventée par un autre? Quelle perte de temps quand on veut tout réinventer tout le temps! La démarche créatrice de Dominique tient bien compte de l'héritage musical du passé. La musique classique a tout ce qu'il faut pour le rendre heureux. Il y puise toutes les émotions nécessaires à la réussite de ses concerts. Dominique entreprend une gigantesque aventure en enregistrement. Il aimerait pouvoir enregistrer en 1995 tout le "Clavier bien tempéré" de J.S. Bach à l'orgue. La chose a déjà été faite au piano mais ce serait une rareté sur son instrument. L'oeuvre comporte 48 préludes et fugues. En fait, si on lui donnait un seul souhait, il aimerait tout simplement trouver une salle où ses oeuvres trouveraient un auditoire intéressé. Pourquoi pas une salle de qualité avec des musiciens de talent?

Dominique Lupien invite les lecteurs de RG à venir l'écouter en concert le 14 mars prochain à la Chapelle historique du Bon Pasteur de Montréal et le 2 avril à l'église St-Jean-de-Matha où il présentera une de ses compositions, le Stabat mater (c'est gratuit!). A noter qu'on présentera à ce dernier concert les Stabat Maters de messieurs Pergolèse et Vivaldi. Un programme magnifique pour les amateurs d'émotions fortes. On pourra rejoindre Dominique au 598-0307.

RLC