GROS-MOTS Jury

Le 1er mai 1992, un jury du Ministère de la Culture rendait un jugement sur une demande de subvention d'un artiste visuel connu dans les termes suivants: " La démarche évolue peu; le projet dénote un manque d'originalité ou de renouvellement. Pas d'évolution apparente dans la démarche, les procédés sont répétitifs, ce qui banalisent l'ensemble de la production qui apparaît finalement comme très linéaire. On doute de la pertinence du projet pour faire avancer sa démarche vers de nouvelles avenues". Les membres du jury étaient mesdames Christiane Baillargeon, Christiane Lemire, Nicole Benoît et messieurs Frédéric Eibner et Robert Saucier. La secrétaire du jury, signataire de la lettre envoyée à l'artiste, était madame Monique Ouellet.

Cet artiste déjà reconnu de par le monde demandait une bourse de courte durée qui correspond à une très petite somme d'argent pour aller se perfectionner. Quand on sait que le Ministère de la Culture suggère aux membres des jury d'éviter de porter des jugements sur le produit mais plutôt de s'attarder à la démarche créatrice, cette lettre est un affront à tous les artistes du Québec. On y a porté un jugement sur l'oeuvre elle même et on rend un jugement qui ne fait aucun commentaire sur le projet en question. Chaque artiste, peu importe le domaine dans lequel il se spécialise que ce soit en musique, danse ou en arts plastiques a le droit d'être jugé par ses pairs. Dans le cas présent, les membres du jury sont aussi des artistes visuels et auraient dû se contenter de soutenir leur collègue au lieu de juger gratuitement son style artistique. Si on avait passé Picasso au Ministère de la Culture du Québec, il est à parier qu'il aurait été rejeté pour anarchisme! Enfin, dans la même lettre, il y avait une grossière faute de français. Le jury ne sachant pas écrire, on pourrait croire qu'il ne savait pas lire non plus. Peut-être est-ce là l'explication de la non mention de quelque élément que ce soit du projet de perfectionnement de l'artiste.

R.L.C.