Les couples homosexuels vivent moins souvent sous le même toit que les hétéros

Ouest France

Comment vivent-ils leur conjugalité ? Et quelles relations entretiennent-ils avec leur famille ? Le sociologue Wilfried Rault, chercheur à l’Institut national des études statistiques (Ined), s’est penché sur les modes de vie des personnes homosexuelles.

Jusqu’au début des années 2000, les enquêtes statistiques ne prenaient pas en compte certaines réalités sociales, dont celles des couples de même sexe. Il a fallu attendre 2011 et l’enquête Famille et logements menée par l’Insee, pour que le sujet puisse être clairement abordé statistiquement. Le sociologue Wilfried Rault, chercheur à l’Institut national des études démographiques (Ined) a exploité les données disponibles et mis en lumière le fait que l’homosexualité a des incidences particulières sur les modes de vie (1).

Stigmatisation

Il révèle notamment que, proportionnellement, les couples homosexuels sont plus nombreux à ne pas vivre sous le même toit. Entre 15 et 16 % des gays et des lesbiennes en couple de 18 à 75 ans se disent en couple sans cohabiter. Ils ne sont que 4 % chez les couples hétérosexuels.

En cause ? « L’homosexualité peut rendre la conjugalité cohabitante plus difficile, parce qu’elle est visible et exposée à des formes de stigmatisations », explique Wilfried Rault. Et ce, même si la reconnaissance juridique et sociale des couples de même sexe progresse. Avant le pacs et le mariage, la conjugalité « n’était pas forcément un horizon possible, voire pensable pour les personnes gaies et lesbiennes ».

Ainsi les couples de même sexe sont « moins soumis à la norme conjugale », qui veut que l’on vive sous le même toit.

Plus de ressources financières

D’autres éléments sociodémographiques éclairent aussi cette réalité.

Comme les couples non-cohabitants en général, les personnes en couple de même sexe disposent en moyenne de davantage de ressources financières qui leur permettent d’assumer deux logements différents.

Plus largement, elles ont en moyenne un niveau d’études élevé, comme si le fait d’avoir des ressources économiques et culturelles permettait ou facilitait le fait de vivre une situation de couple minoritaire.

« À origines sociales similaires, leur niveau de diplôme est plus élevé, précise le chercheur. Le fait d’appartenir à une minorité sexuelle favorise probablement les mobilités sociales, notamment par les études car cela peut être une ressource pour mieux vivre, par ailleurs, une différence ou anticiper de possibles discriminations ».

Une certaine distance avec la famille

L’étude de Wilfried Rault a, par ailleurs, révélé que les homosexuels entretenaient des relations particulières avec leur famille. « Dès les années 1980, on a constaté qu’elles connaissaient d’importantes mobilités géographiques et vivaient plus souvent à distance de leurs parents que les hétérosexuels, comme pour mieux vivre une sexualité minoritaire et parfois encline à un rejet ».

Cette distance est plus significative chez les hommes que chez les femmes. Mais cela ne témoigne pas forcément d’un éloignement relationnel. On observe toutefois que les ruptures relationnelles sont plus nombreuses.

Autre élément remarquable : le « tropisme parisien ». Nombre de personnes gaies et lesbiennes ont tendance à rejoindre la région parisienne. « C’est particulièrement vrai chez les hommes ». On peut supposer qu’ils y trouvent à la fois l’anonymat, la possibilité d’évoluer dans des endroits où les opportunités de rencontres de partenaires sont beaucoup plus nombreuses, notamment dans des lieux gays ou lesbiens.

Mais, précise Wilfried Rault, « ces spécificités, avec le temps, vont sans doute s’atténuer, en même temps que s’impose une meilleure acceptation de l’homosexualité par la société ».