DANNY S’EN EST ALLÉ…

Roger-Luc Chayer

Danny s’est suicidé le vendredi 8 septembre dernier. C’est son
père qui l’a découvert pendu dans sa chambre. Il est parti à cause
de la cruauté des gens face à ce qu’ils ne comprennent pas. Il est
parti parce que des adultes se sont comportés comme des enfants
jusqu’à tout récemment avec lui. Il avait 19 ans à son décès.
J’ai connu Danny il y a près de 8 mois alors qu’il tentait de communiquer
avec moi via le service Messenger de Facebook, comme
de nombreux lecteurs d’ailleurs. Il voulait parler et il était 2 heures
du matin. Clairement il en avait besoin. «Salut est-ce que je peux
vous parler sans être jugé?» avait-il demandé. Et c’est depuis ce
jour qu’il m’a raconté, par bribes et avec beaucoup de craintes, sa
vie, ou du moins, ce que je crois être sa mort.
Tout a commencé lorsqu’il était jeune enfant. Sa mère, voulant
l’amuser un soir de l’Halloween, l’a simplement déguisé en petite
fille avec robe, coiffure et maquillage, et Danny avait adoré faire
rire les voisins qui croyaient qu’il s’agissait d’une petite fille qui
n’était pas déguisée. Lorsqu’il a voulu refaire la blague à l’école
primaire quelques années plus tard, toujours pour l’Halloween, il a
été attaqué physiquement par un jeune voyou de 6ème année qui
n’avait pas apprécié s’être fait avoir. Il s’est fait battre et est resté
traumatisé au point où son agresseur a dû être transféré d’école.
En secondaire 2 ou 3, je ne me souviens plus trop de ce détail,
Danny a participé à un bal masqué de son équipe sportive dont je
tairai le nom afin de ne pas attirer l’attention sur elle. Croyant que
les choses avaient évolué, il a décidé de se déguiser en Marie-Antoinette
avec grande robe louée chez un costumier et avec l’aide de
sa soeur pour les cheveux etc. C’est à ce moment qu’un équipier
est venu le voir pour lui demander «T’es trans ou travelo ou quoi?»,
en lui foutant une baffe au travers du visage. Il en a alors perdu
ses lunettes et sa perruque est tombée. Humilié d’être traité ainsi
alors que tout le monde avait le choix du costume qu’il allait porter
et ne comprenant pas la réaction non seulement de l’équipier, mais
celle du coach qui avait eu un fou rire en voyant Danny recevoir la
baffe, il s’en est retourné chez lui le coeur brisé. Tout au long de
nos conversations, Danny m’a maintes fois répété qu’il n’était pas
du tout trans et qu’il ne se sentait aucune ambiguïté sexuelle tout
autant qu’il n’avait aucun goût pour le travestisme. Il aimait simplement
se déguiser comme ça car ça faisait rire, mais souvent il en
payait un prix qu’il ne comprenait pas. Certes, il était homosexuel,
mais son orientation n’avait rien à voir avec le fait de se déguiser.
Il y a deux semaines, Danny a accepté de participer à un concours
de drag-queens dans un bar de sa ville car on disait souvent de lui
qu’il était l’homme le plus masculin qui savait le mieux se transformer
en femme. Il ne savait pas chanter et n’avait jamais pratiqué la
démarche etc mais bon, le prix offert était intéressant et il s’est dit
qu’il allait tout faire pour gagner. Le concours se tient, il ne remporte
même pas la 3ème position mais qu’à cela ne tienne, il a eu un plaisir
fou. En rentrant chez lui aux petites heures du matin, sans s’être
changé avant de quitter le bar, il s’est retrouvé encerclé par un
groupe de jeunes ados qui se sont mis à le brusquer, exigeant des
pipes et le traitant en pute. Il s’est retrouvé hospitalisé 2 jours et a
perdu quelques dents. Danny ne s’est pas remis de cette dernière
attaque qui lui a fait mal au plus profond de son être. Il m’avait dit
à sa sortie d’hôpital qu’il allait devoir prendre des décisions, sans
jamais mentionner la possibilité d’un suicide. Il s’est exécuté le 8
septembre. Le plus triste, c’est qu’il laisse derrière lui tous ceux qui
l’auront torturé, vivants. C’est injuste! C’est ça l’intimidation.