UN PATRIMOINE NÉGLIGÉ

Roger-Luc Chayer

Il existe à Montréal de magnifiques oeuvres architecturales que
peu connaissent et qui valent la peine d’être découvertes. C’est le
cas d’un magnifique monument caché derrière le Grand séminaire
de Montréal, le bassin français.
Unique étang de style Versailles au Canada, ce joyau de plus de
deux siècles a été conçu par Antoine-Alexis Molin. Né à Lyon en
1757, il arrive au Canada vers 1794, avec d’autres sulpiciens,
ayant été chassé de France après la Révolution française. Il réalise,
à titre d’économe de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice
de Montréal, les plans du Collège de Montréal (1806) de la
rue Saint-Paul, et supervise divers travaux pour les sulpiciens.
La date de construction exacte du bassin actuel n’est pas clairement
établie. Un premier bassin aménagé vers 1675 se trouvait
à l’intérieur du fort alors qu’un deuxième, construit vers 1685,
était situé à l’extérieur. Deux bassins sont représentés sur un plan
datant de 1694 et dessiné par François Vachon de Belmont. Un
troisième bassin aurait été aménagé entre 1731 et 1747. En 1801,
Antoine-Alexis Molin note dans le Cahier des dépenses extraordinaires
qu’un bassin existait déjà et qu’il ferait des travaux de nettoyage
avant de le modifier. Chose certaine, c’est Antoine-Alexis
Molin qui a donné au bassin son aspect actuel.
Les sulpiciens occupent ce site dès 1676 où ils établissent une
mission vouée à l’évangélisation des Amérindiens. À quelques
installations sommaires s’ajoutent graduellement un ouvrage défensif
avec courtines et tours ainsi que des habitations, une chapelle
et des bâtiments agricoles.
La mission amérindienne quitte le site en 1692 pour s’établir au
Sault-au-Récollet. Dès lors, le fort des messieurs de Saint-Sulpice
devient un lieu de repos pour les sulpiciens. La construction du
Grand Séminaire en 1854 n’affecte pas la configuration du bassin.
Le bassin a subi plusieurs campagnes de restauration, dont la dernière,
vers 2000, a permis de le remettre en état après des années
d’abandon.
Le bassin a subi des travaux importants de restauration en 1980
et en 2004 et a été classé monument historique en 2012. Toutefois,
il est évident et pathétique d’en voir l’état actuel, visiblement
abandonné alors qu’il devrait être mieux entretenu. Par exemple,
un seul canard y patauge dans le peu d’eau au fond du bassin, une
partie étant envahie par des algues nauséabondes. De l’autre côté,
dans à peine quelques pouces d’eau, survivent 4 poissons rouges
qui, immobiles, ne font que respirer à la surface pour économiser
leur restant de vie. La forêt environnante est elle aussi clairement
abandonnée. Gay Globe a contacté le Grand séminaire de Montréal
pour connaître les raisons de cet abandon des lieux et de la
cruauté envers les animaux qui y sont présents.
Monsieur Guy Guindon, porte-parole du Grand Séminaire, déclare
essentiellement que le manque d’eau est causé par une faible
pluie cet été et que comme le bassin est alimenté par une source
naturelle, il est effectivement anormalement vide. Quant à l’unique
canard, Monsieur Guindon nous explique que cela est causé par la
prédation des oiseaux et des ratons laveurs. La présence d’algues
serait naturelle et il termine en espérant plus de pluies à l’automne
pour rétablir la situation.