NALOXONE VS FENTANYL

Roger-Luc Chayer

Depuis l’avènement de la crise du Fentanyl à Montréal, cette
drogue extrêmement puissante qui est à l’origine de plus de 2800
décès au Canada depuis janvier et de 9 hospitalisations par jour
au Québec, on parle de plus en plus du Naloxone, le seul antidote
qui, lorsqu’il est administré au bon moment et de la bonne façon,
peut sauver la vie des personnes en surdose.
Le Gouvernement du Québec a annoncé récemment qu’il allait
mettre à la disposition de tout le monde, via les pharmacies et gratuitement,
des seringues de Naloxone afin que le produit soit plus
facilement accessible et puisse sauver le plus de vies possible, car
jamais dans l’histoire, les drogues n’auront causé autant de décès.
Pourquoi? Les utilisateurs réguliers de drogues comme l’héroïne,
la cocaïne, le GHB, etc. sont habitués à consommer des substances
qui ne sont pas pures, mais coupées avec un peu n’importe
quoi pour arriver à un effet optimal au moindre coût.
Or, depuis quelques années, le Fentanyl, un médicament 60 fois
plus puissant que la morphine ou 10 fois plus puissant que l’héroïne,
est utilisé pour couper les drogues. Le problème est que le
Fentanyl est si puissant que même avec l’équivalent de 3 grains de
sel, une personne peut se retrouver en arrêt respiratoire et mourir
en quelques minutes. Ce médicament est facile et peu coûteux à
synthétiser, il provient souvent de la Chine et la plupart des utilisateurs
de drogues ne savent même pas que ce qu’ils prennent peut
contenir du Fentanyl ayant servi à la couper. C’est ce qui s’est produit
avec deux utilisateurs d’héroïne mi-septembre à Montréal qui
croyaient s’injecter leur drogue et qui sont tombés en arrêt respiratoire
alors que leurs seringues n’étaient même pas encore vides.
Voici donc qu’entre en scène la Naloxone que le Gouvernement
souhaite rendre disponible gratuitement dans toutes les pharmacies.
Plusieurs personnes se posent des questions sur le mécanisme
de distribution et sont inquiètes, avec raison, quant à leur
vie privée. Prenons le cas d’un utilisateur de drogues qui voudrait
se munir de l’antidote en prévention. Lorsqu’il ira à la pharmacie
demander sa Naloxone, il est certain que le pharmacien, afin de
justifier sa distribution et se faire rémunérer par l’État, devra exiger
une carte d’assurance-maladie. Est-ce que le client sera alors fiché
par le pharmacien comme un utilisateur de drogues? Est-ce que la
Régie de l’Assurance-Maladie connaîtra alors l’identité de celui qui
vient de se procurer une dose de Naloxone? Même chose avec le
propriétaire d’un bar qui voudrait avoir une seringue en prévention,
nous savons tous qu’il arrive fréquemment que des utilisateurs de
drogues se piquent dans les toilettes publiques, bref, est-ce que le
commerçant qui ira chercher la Naloxone devra lui aussi montrer
sa CAM? Est-ce qu’il sera fiché comme un utilisateur de drogues
à la Régie? Toute cette affaire soulève des questions importantes
quant au respect de la vie privée des gens.
Afin d’en savoir plus, Gay Globe a demandé au Docteur Réjean
Thomas de la Clinique l’Actuel de nous expliquer comment fonctionnera
cette distribution. «La confidentialité ne sera effectivement
pas préservée et quant à la gratuité, en fait elle le sera pour les
bénéficiaires de l’aide sociale. Pour les autres citoyens couverts
par le système public RAMQ, il faudra débourser 25$ pour une
dose. Enfin, la gratuité, comme pour les traitements des maladies
sexuellement transmises, devrait se faire en octobre». Il s’agit donc
de bien y penser, surtout pour la confidentialité.