VIH: ET LA CONFIANCE ELLE?

Roger-Luc Chayer

Quand on parle de VIH dans le cadre de relations amoureuses ou sexuelles, la question est toujours un peu délicate, car elle comporte un élément de plus en plus fondamental qu’il ne faut pas négliger, la confiance.

En effet, grâce à la trithérapie qui permet d’atteindre un seuil d’indétectabilité rendant à peu près impossible la transmission du VIH d’une personne à une autre, même sans protection, malgré la PrEP qui consiste à prendre un médicament préventif qui protège la personne contre l’acquisition du VIH, et avec l’avancement de la recherche qui permet de mieux contrôler la transmission du VIH, la question de la confiance prend une place très importante dans la relation entre les personnes. Pourquoi?

Parce qu’on a l’impression, racontent certaines personnes de la communauté gaie, que si on devait se fier à ce qui se dit, tout le monde serait soit séronégatif, soit indétectable, soit sous PrEP. Il est en effet très difficile non seulement de s’y retrouver, mais aussi de savoir qui dit vrai et surtout comment le savoir. Selon les personnes interrogées par Gay Globe, il y a un vaste flou dans l’approche de la question et personne ne prétend posséder la solution.

Malheureusement, et cela n’est pas nouveau, il existe dans la société des personnes séropositives qui ne mentionnent pas à leurs partenaires qu’ils sont porteurs d’un virus qui peut détruire des vies. Je ne parle pas ici des personnes atteintes qui ne connaissent pas leur condition, mais bien de celles et ceux qui se savent porteurs du VIH et qui, sciemment, cachent leur condition et qui parfois, ont même des relations sexuelles non protégées.

Ce qui explique ce comportement relève du mystère selon moi, mais c’est une autre affaire…

Prenons l’exemple de la personne qui se sait séropositive mais qui, contrairement à la précédente, se traite minutieusement, prend ses médicaments, passe régulièrement les examens médicaux confirmant son indétectabilité et décide d’avoir des relations sexuelles non protégées, sans le dire à ses partenaires. Ou l’autre cas d’une personne qui est séronégative, qui croit en la prévention, qui est sous PrEP et qui a des relations sexuelles aussi non protégées.

Dans tous ces cas, la question qu’il faut se poser est: est-ce que nous en sommes rendus à devoir faire confiance à tout le monde vu les moyens de protection théoriques existants? C’est ça la question! En entrevue avec Gay Globe, un intervenant du milieu VIH/SIDA montréalais dit: «Je n’ai aucune idée quoi répondre à cette question, car si effectivement des personnes disent prendre les moyens médicaux pour se protéger et protéger les autres, comment savoir si c’est vrai? Si tel était le cas, nous verrions une baisse importante du niveau de transmission du VIH au Québec, ce qui n’est actuellement pas le cas. Il y a contradiction entre le discours et la réalité.» Quand Gay Globe lui demande si le fait de se déclarer indétectable ou sous PrEP, même si dans certains cas ce serait faux, s’il s’agirait d’une mode? «Oui c’est ce que j’observe dans mon travail au quotidien et dans quelques cas. C’est pour ça que je recommande toujours l’usage du condom malgré tout, car on ne peut tout de même pas exiger des rapports médicaux et sanguins à toutes les personnes qui nous intéressent sexuellement n’est-ce pas? Quoi que…», de conclure notre source.